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Writing Workshops in Martinique and Guadeloupe with a local author

Read: 8 minutes – Author: Michael Roch – Writer and screenwriter of Caribbean science fiction.

Écrire demain & depuis nos mémoires

Il m’arrive souvent, dans les ateliers d’écriture que j’anime en lycée ou avec des étudiants et étudiantes, d’ouvrir le dialogue avec une simple question : « Et vous, qu’imaginez-vous pour votre futur ? »
Silence, parfois. Quelques regards hésitants, aussi. Puis, une étincelle.
Quelque chose s’ouvre : une brèche dans leur imaginaire. Une autorisation à rêver, à se penser depuis son propre corps, son propre lieu, sa propre langue & ses propres souvenirs.
Ce moment-là, je le dois à l’Afrofuturisme.

Encore trop méconnu dans les cercles éducatifs francophones, l’Afrofuturisme est un mouvement artistique, culturel et politique, mais aussi un mode d’expression qui naît dans les sociétés afrodescendantes, dès lors qu’elles se projettent dans des avenirs émancipateurs et victorieux. Il mêle technologies nouvelles, spiritualités et héritages traditionnels, critique sociale et désirs d’émancipation pour raconter d’autres futurs — des futurs où les personnes noires sont non seulement visibles, débarrassées de toute contrainte, mais aussi centrales.

L’Afrofuturisme est aussi un outil de réappropriation : de récits, de savoirs, de puissances collectives qui, jusque-là avaient été accaparées par un regard dominant occidental. Il nous invite à penser le futur tout en considérant les blessures du passé, à les guérir sans pour autant y être assigné·es. Il dit : Qu’est-ce que nos identités peuvent apporter au mouvement de monde ? Et si nos mémoires étaient des vaisseaux vers un avenir meilleur ?

Je vis en Martinique, un territoire où l’Histoire ne se raconte jamais sans ses fantômes. Ici, l’esclavage a aussi laissé des traces dans les gestes, les silences et le sable. Le colonialisme, même résiduel, est encore une architecture sociétale. Et pourtant, nos îles vibrent de créativité, de résistances, de visions plurielles. Cette diversité de nos cultures, de nos identités en construction, est à l’image de nos mangroves. Elles poussent, entêtées, là où la terre empoisonnée hésite.

C’est dans cette tension — entre mémoire vive et désir d’avenir — que l’Afrofuturisme rencontre, pour moi, l’imaginaire caribéen. Nous avons appris à naviguer, à esquiver. À coder, à transmettre. À raconter à travers nos langues créoles, nos carnavals, et nos croyances insoumises. Je mentionne ici, à demi-mot, l’inventivité de nos propres manières d’être, le rebond et la réappropriation de nos héritages, de nos rapports au monde, mais aussi nos envies de voir plus grand et au-delà de nos insularités. La société caribéenne est plurielle ; elle est extrêmement riche.

Oui, malgré nos apocalypses historiques, nous avons déjà réussi à construire un monde pour demain. Un monde chargé du divers et de son harmonisation, c’est-à-dire un monde d’émancipation pour toutes et pour tous, au-delà de nos différences. Nous pourrions appeler cela un cofuturisme — non, nous devrions.

Alors, dans mes ateliers, je ne demande pas seulement : Que peux-tu imaginer pour ton avenir, ou pour l’avenir de ton pays ?
Je demande aussi : Qu’est-ce qui, en toi, s’est déjà transformé au contact du monde ?

Lorsque j’ai commencé à proposer des ateliers d’écriture autour de l’Afrofuturisme et du Cofuturisme, notamment à de jeunes Américain·es vivant à Miami, je ne savais pas exactement ce qui allait émerger. J’avais simplement l’intuition que le terrain de jeu d’un futurisme aux multiples identités pouvait devenir un véritable espace commun. Un lieu de rencontre qui leur parlerait aussi bien que certaines productions hollywoodiennes, et qui leur appartiendrait totalement. Un lieu entre populations en mouvement, héritages fragmentés, langues oubliées et imaginaires d’autant plus puissants.

Chaque séance est conçue comme un voyage. On part d’une matière très simple : une image de l’avenir, une émotion, un désir. On écrit à la main. Trente minutes. Puis, on s’écoute. On échange. On invente des mondes. On imagine un futur où nos grand-mères restent nos héroïnes, où nos quartiers deviennent des forêts verticales, où nos blessures se transforment en codes d’accès.

Il ne s’agit pas de fuir la réalité, mais de l’augmenter. D’oser la fiction comme force critique, comme une révélation à l’autre, comme l’amorce d’un dialogue rompu. Et surtout, de réapprendre à croire que nos voix comptent dans l’écriture du monde à venir.

Je crois que nous avons, aujourd’hui, une responsabilité immense : transmettre non seulement des savoirs, mais des possibles. Offrir aux jeunes des cadres où ils et elles peuvent penser librement leurs avenirs, depuis leurs propres histoires.

L’Afrofuturisme, tout comme le Cofuturisme, n’est pas réservé aux artistes, penseurs et autres académiciens. Il peut devenir un outil pédagogique fertile : pour interroger l’Histoire, travailler une langue, croiser littérature, arts plastiques, philosophie. Il permet d’ouvrir des conversations puissantes sur l’identité, l’exil, la mémoire, les enjeux écologiques, la place des technologies.

Dans les ateliers que je propose — que ce soit dans le cadre d’échanges interculturels, d’interventions en lycée et université, ou de formations courtes — je travaille toujours à partir des contextes, des vécus et imaginaires des participant·e·s. L’objectif n’est pas de produire un « beau texte », mais d’ouvrir une brèche : un endroit où l’on peut s’autoriser à imaginer autrement.

Nos sociétés sont saturées d’images, réapprendre à écrire — à écrire soi, à écrire pour soi — est déjà un acte politique. Un acte de soin, de lien, de transmission. Et l’Afrofuturisme, loin d’être une tendance marginale, est aujourd’hui l’un des territoires les plus vivants pour explorer cela.

Alors, que reste-t-il, après ces ateliers, ces textes, ces échanges entre langues et mondes ? Quelques silences, parfois. Des idées peut-être hésitantes. Des étincelles, surement. Il reste des jeunes qui se découvrent capables de penser l’avenir. Des fragments d’utopie, des récits vers autre chose, des langues réempuissantées. Il reste, surtout, comme une intuition partagée : nous ne sommes pas condamné·es à habiter les fictions des autres.

Nous pouvons ouvrir des passages vers des futurs habitables. C’est-à-dire permettre à chacun et chacune d’imaginer, depuis sa propre place, une forme de liberté collective, incarnée, enracinée. Résister au fatalisme ambiant, et semer, à la place, les graines d’une espérance active.

Je suis toujours honoré d’échanger avec les enseignant·es que je rencontre afin de construire des ateliers adaptés à leurs classes, à leurs contextes, aux rêves de leurs élèves aussi. Car écrire demain, depuis nos mémoires, c’est un travail que nous ne pouvons faire qu’ensemble.

Michael Roch

As part of our educational trips to Martinique and Guadeloupe, JD Agency Experience offers Afrofuturist writing workshops led by Michael Roch.

Designed as spaces for creation, reflection, and expression rooted in Caribbean realities, these workshops give students a unique opportunity to explore their memories, imaginations, and possible futures.

A creative, cultural, and socially engaged experience to include in your next school trip to the Caribbean.


Michael Roch is a writer and screenwriter of Caribbean science fiction, born in Lyon in 1987. Highly acclaimed for his novel Tè Mawon (2022, La Volte), this year he publishes a collection of short stories in the same universe, Lanvil emmêlée (2024, La Volte).
Since 2015, he has led several writing workshops on the theme of Afrofuturism — a literary movement developing Afrocentric counter-dystopias — in prison and university settings. Today, he hosts Latilié, a creative writing workshop dedicated to literatures of the imagination on Twitch. He teaches storytelling at art schools and is a member of the Fabrique décoloniale.


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